La question fatale

La question fatale

«Tu as commencé quand?»
Je bloque.
Quand ai‑je commencé, vraiment?
Chaque nouvelle rencontre, chaque présentation, chaque «Tu fais quoi dans la vie?» finit par se transformer en cette même question, comme si lon cherchait à remonter le fil exact de ma première étincelle.

Est‑ce que ça compte, quand j’avais 7 ou 8 ans, et que je photographiais toutes les fleurs du jardin avec l’appareil de mon père? Cest là que jai appris à apprivoiser ma peur des araignées, en plaçant lobjectif comme un bouclier entre elles et moi. Et quelle beauté jai découverte, dans ces petites sauteuses colorées, ces salticidae qui semblent porter des galaxies dans leurs yeux. Jen photographie encore aujourdhui, des heures durant. Ma photothèque daraignées pourrait remplir un musée ou faire fuir quelques visiteurs.

Ou bien… est‑ce que tout a vraiment commencé avec mon premier appareil jetable, pour ce voyage scolaire en Italie, en 6ᵉ ? J’ai photographié le pape, tout de même. Ça doit bien valoir un badge de début officiel, non? Mes premières vraies images de voyage : Pompéi, Rome, le Vatican Pas un seul plat de pâtes en photo, mais je me souviens encore du parmesan qui tombait comme de la neige bénie sur mes assiettes quotidiennes. À dix ans, le bonheur tient parfois dans un bol de pâtes.

Et si c’était plutôt à 11 ans, avec mon premier appareil numérique et ce voyage au Québec? Le premier compliment sincère, celui qui ma traversée comme une lumière. Je le situerais bien dans ces eaux-là. Voyage à la suite duquel j’ai continué l’apprentissage de la photo à chaque sortie ! J’ai un peu évolué dans les appareils numériques compacts, jusqu’à cette dernière descente de snowboard d’une semaine à la neige au lycée, où j’ai chuté à plat ventre sur mon précieux… Plus d’écran, et pas de viseur. Les photos, maintenant, c’était à l’aveugle.

Certains diraient que le vrai début, c’est mon premier Reflex, en 2009. Lycée, 17 ans, et une frénésie de déclenchements. Des tests, de la lumière, de l’eau, des flous «artistiques», des portraits hésitants Un joyeux bazar d’ expériences nouvelles.

D’autres — ou mon syndrome de l’imposteur — affirmeraient que tout commence vraiment en 2018, quand j’ai ouvert ma première vraie boîte de photo. Nouvel appareil déniché en Nouvelle‑Zélande, nouvelle vie en Nouvelle‑Calédonie, nouvelle aventure, nouveau tout. J’ai sauté à l’eau, dans le lagon comme dans l’entrepreneuriat. J’ai appris l’impression, le graphisme, le façonnage. Cinq ans dans un autre univers, que je porte encore en moi comme une seconde peau.

Alors… j’ai commencé quand? La vérité est aussi floue que lorsquon me demande ce que je fais dans la vie. Dire «je fais de la photo» ne suffit pas. Cest mon activité principale, oui, et lune de mes plus grandes fiertés. Mais je suis faite de bien plus que ça. De détours, de passions parallèles, de renaissances successives. Dun mouvement constant.

Et vous… avez‑vous déjà cherché la meilleure réponse à ces questions trop étroites? «Tu fais quoi dans la vie?» «Tu as commencé quand?» Et si votre métier‑passion est né dans lenfance où placez‑vous votre premier pas?

Je serais ravie de lire vos histoires.

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